Le syndrome de l'imposteur est un phénomène psychologique que traverse une large part de la population, sans distinction entre les femmes et les hommes : 70 % l'expérimentent au moins une fois dans leur vie. Lorsque la personne en souffre durablement, le syndrome de l'imposteur nuit à son épanouissement personnel et à son accomplissement professionnel. Anxiété, burnout voire dépression : les risques sont avérés. Il est important d'identifier et de remédier au phénomène, qui s'observe particulièrement dans la sphère professionnelle, pour éviter la contre-productivité mais aussi et surtout pour favoriser le bien-être des collaborateurs au travail.

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Le syndrome de l'imposteur, également appelé syndrome de l'autodidacte et expérience de l'imposture, n'est pas un trouble mental recensé par l'Association américaine de psychiatrie. En effet, il s'agit souvent d'un état passager, voire d'un phénomène ponctuel. Lorsqu'il perdure toutefois, il mérite d'être pris en charge.

 

Comment détecter un syndrome de l'imposteur ?

L'échelle de Clance permet d'évaluer l'intensité et la fréquence auxquelles le phénomène de l'imposteur interfère dans la vie de l'individu. Le test se compose de vingt mises en situation, l'individu indique à quel point il se retrouve dans chacune d'entre elles. Exemples :

  • « Je suis capable de donner l'impression que je suis plus compétent que je ne le suis réellement. »
  • « Je pense que je suis arrivé là où j'en suis, ou que j'ai obtenu mes succès, simplement parce que j'étais au bon endroit au bon moment, ou grâce à mon entourage. »
  • « J’ai peur que les gens importants pour moi se rendent compte que je ne suis pas aussi compétent qu'ils le croient. »

Au-delà de ce test, le syndrome de l'imposteur se manifeste par des comportements qui s'observent au travail.

  • Le collaborateur verbalise sa faible estime de lui. À chaque succès professionnel, il explique qu'il a eu de la chance, que c'est un hasard ou encore que c'est un autre qui a fait la majorité du travail. Au quotidien, il dévalorise sa fonction en prétendant qu'elle est à la portée de tous ou qu'elle est inutile. Il dénigre ses diplômes ou minimise l'expérience professionnelle qui lui a permis d'avoir le poste qu'il occupe dans l'entreprise. Le syndrome de l'imposteur est une forme de modestie poussée à l'extrême, qui sert de mécanisme de défense au collaborateur. S'il affiche son incompétence, aucun risque que son entourage attende quoi que ce soit de sa part.
  • Il a tendance à se faire discret, de peur d'être « démasqué ». Il évite à cet effet d'être au centre des attentions : il n'aime pas prendre la parole en réunion et il fuit les éloges publiques. Consciemment ou non, le collaborateur qui souffre du syndrome de l'imposteur peut aller jusqu'à s'absenter du bureau à l'occasion de ces situations anxiogènes. Parce qu'il doute profondément de lui, il préfère ne pas exprimer ses propres idées : il se rallie à celles des autres pour passer inaperçu.
  • Le collaborateur n'est pas épanoui au travail. Il ne se sent pas à sa place car il estime ne pas la mériter, et il ressent la crainte permanente que ses collègues et son manager réalisent qu'il les dupe sur ses qualités réelles. De fait, il souffre d'un sentiment injustifié d'insécurité, qui nuit à son bien-être au travail.

En pratique, la personne qui est victime du syndrome de l'imposteur adopte deux stratégies de travail alternatives :

  • Une stratégie « overdoing » : elle fait preuve de perfectionnisme à outrance pour ne pas être prise à défaut, alors même qu'elle est persuadée de ne pas être à la hauteur. En cas d'échec, elle est rassurée : sa certitude d'être un imposteur est confortée. En cas de réussite, elle attribue le succès à son travail acharné et non à ses compétences.
  • Une stratégie « underdoing » : la personne atteinte du syndrome de l'imposteur procrastine car elle est convaincue que son travail n'a aucune valeur dans l'entreprise. Elle vient au bureau en dilettante.

Comment lutter contre le syndrome de l'imposteur ?

Lutter contre le syndrome de l'imposteur permet d'éviter les conséquences néfastes qui en découlent, tant pour la personne qui en souffre que pour l'entreprise.

  • Les remises en question incessantes du collaborateur nuisent à son épanouissement au travail et provoquent du stress. Lorsque le phénomène dure, le collaborateur est tenté d'y remédier par l'évitement : il multiplie les absences.
  • Le surinvestissement du collaborateur l'épuise, potentiellement jusqu'au burnout. Lorsqu'au contraire il fait preuve de procrastination, il risque le bore-out.
  • Le collaborateur qui n'a pas confiance en lui n'exprime pas ses idées. Il n'est pas moteur dans l'entreprise, qui subit un manque à gagner.
  • De manière générale, le syndrome de l'imposteur fait obstacle à la carrière professionnelle. Insatisfait et anxieux au travail, la personne a tendance à quitter régulièrement son emploi.

Pour surmonter son syndrome de l'imposteur, la personne engage un travail sur elle-même à différents égards.

 

Rétablir les facteurs réels de succès

 

La personne atteinte du syndrome de l'imposteur peut utiliser une méthode pragmatique : elle recense ses succès, puis elle réfléchit aux facteurs qui en sont à l'origine. Dans une première colonne, elle inscrit les causes qui lui viennent spontanément à l'esprit ; dans une seconde colonne, elle note les facteurs réels. S'interroger en profondeur sur sa valeur réelle contribue à lutter contre les automatismes qui conduisent à expliquer la réussite par des facteurs extérieurs. La personne en outre met en évidence le décalage injustifié entre l'image qu'elle projette et la manière dont elle se considère.

Illustration : le chargé de clientèle obtient une promotion, il la référence dans son tableau de réussites. Dans la colonne des causes spontanées, il note que son ancienneté justifie la promotion. Dans la colonne des causes réelles, il inscrit les raisons exprimées par l'entreprise au moment de lui annoncer sa promotion : sa fiabilité, sa régularité au travail et le développement notable de son portefeuille clients.

À mesure de ses réussites professionnelles dûment consignées, le collaborateur dispose d'un récapitulatif tangible de ses compétences. Il s'y réfère régulièrement pour gagner confiance en lui.

 

Privilégier un entourage bienveillant

 

La bienveillance de l'entourage aide à lutter contre le syndrome de l'imposteur. Une personne bienveillante en effet a tendance à encourager et à féliciter, et voit en tout état de cause du positif dans chaque expérience. Les remarques stimulantes et les propos élogieux sécurisent le collaborateur, et améliorent son bien-être au travail.

Il est également recommandé de questionner son entourage sur ses forces et sur ses faiblesses, de manière à avoir une vision objective de son profil professionnel. Cet exercice est d'ailleurs fréquent dans le cadre des bilans de compétences. Les avis extérieurs aident à défaire les idées fausses que le collaborateur entretient sur sa personne, il effectue ainsi une remise en question utile à faire progresser sa carrière.

De manière générale, il est essentiel de fuir les personnalités nocives. Un manager tyrannique, par exemple, est particulièrement néfaste au collaborateur victime du syndrome de l'imposteur.

 

Oser exprimer sa pensée

 

Le collaborateur qui souffre du syndrome de l'imposteur a beaucoup à gagner à s'exprimer au travail. Il fait l'effort d'intervenir aux réunions, ou du moins de s'entretenir avec ses collègues ou son manager lorsqu'il a une idée susceptible de bénéficier à l'entreprise. C'est ainsi qu'il réalise sa valeur ajoutée : son idée est prise en compte, voire adoptée dans le cadre d'une stratégie, il comprend qu'il mérite sa place.

 

Limiter les comparaisons

 

Le collaborateur confronté au syndrome de l'imposteur se compare aux autres pour mettre en évidence ses propres lacunes et se dévaloriser. La comparaison est vertueuse, mais dans certaines limites : elle permet de gagner en motivation à condition d'être objectif sur ses propres accomplissements professionnels. À défaut, elle ne fait qu'entretenir voire accroître le sentiment d'infériorité.

 

Comment aider une personne qui a le syndrome de l'imposteur ?

Aider une personne qui a le syndrome de l'imposteur nécessite dans un premier temps de le détecter, pour comprendre son comportement et adapter son management en fonction.

Dans un second temps, il est important de savoir que lorsque le syndrome de l'imposteur perdure, c'est parce qu'il est sans doute profondément ancré dans la personnalité du collaborateur. Le sentiment d'illégitimité persistant, et la crainte liée d'être démasqué, proviennent parfois de facteurs éducationnels. Des attentes parentales très élevées, un manque d'attention étant enfant ou encore une ascension sociale abrupte contribuent à créer le syndrome de l'imposteur. Les personnes qui se trouvent victimes de leur minorité, le cas échéant, sont également enclines à faire face au syndrome de l'imposteur. Aider la personne, dans ces situations, est une tâche difficile et les résultats s'observent progressivement, sur le long terme.

Le manager peut agir à son échelle, en mettant en place les bonnes pratiques :

  • Suggérer au collaborateur qu'il pâtit au travail de son syndrome de l'imposteur, lui prouver qu'il fonctionne sur la base d'un système de croyances erronées pour le convaincre de sa place méritée dans l'entreprise.
  • Restaurer sa légitimité en lui confiant des missions stratégiques, en lui donnant la parole et en encourageant ses résultats sur la base de faits objectifs.
  • Envisager le mentoring pour favoriser le développement personnel et professionnel. Cette pratique, en tout état de cause, peut être développée en entreprise pour prévenir, entre autres, le syndrome de l'imposteur.

Lorsque la bienveillance et les efforts du manager ne suffisent pas, le collaborateur peut engager une thérapie. Le psychologue en effet est le plus compétent pour aider à vaincre le syndrome de l'imposteur.

 

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Publication originale le 9 septembre 2022, mise à jour le 09 septembre 2022

Sujet(s):

Management